L’IA et l’orientation professionnelle se croisent de plus en plus souvent. Selon une étude récente de France Travail, 77 % des demandeurs d’emploi ont déjà utilisé un outil d’intelligence artificielle dans leur démarche. Chez les moins de 25 ans, c’est 83 % des individus qui intègrent l’IA dans leur stratégie d’orientation [1]. Ainsi, l’IA s’installe dans le quotidien de ceux qui cherchent leur voie. Mais une question revient sans cesse : la machine peut-elle remplacer le conseiller ?
CE QUE L’IA CHANGE DANS L’ORIENTATION
L’intelligence artificielle apporte trois avantages concrets dans l’accompagnement à l‘orientation, l’insertion ou la transition professionnelle.
Elle personnalise. Un outil IA analyse les besoins, les centres d’intérêt, les valeurs et les compétences d’une personne, puis propose des pistes adaptées à son profil, bien au-delà du seul diplôme. Elle peut aussi limiter l’autocensure : face à un écran, certaines personnes osent davantage et se livrent plus librement. Pour autant, explorer les freins profonds ou les doutes intimes reste le travail du conseiller humain.
Elle est disponible à tout moment. À 22 h, depuis son canapé, un jeune ou un adulte peut explorer des métiers, poser des questions, préparer sa réflexion. Cette accessibilité change tout pour les publics les plus éloignés de l’accompagnement.
Elle libère du temps. En traitant les demandes simples et répétitives, l’IA permet aux conseillers de se concentrer sur l’écoute profonde, l’analyse fine, la relation de confiance [2].
Toutefois, ces apports ont des limites. Un algorithme ne détecte pas un non-dit, ni la peur chez un jeune de décevoir ses parents ou encore le manque de confiance en soi. C’est là qu’intervient l’humain.
LE CONSEILLER RESTE IRREMPLACABLE
S’orienter, ce n’est pas seulement choisir une formation ou un métier. C’est souvent faire face à ses doutes, à ses rêves, aux attentes de ses proches. Ces questions touchent à des dimensions profondément personnelles, bien au-delà d’un outil numérique.
Un conseiller sait lire entre les lignes. Il voit le jeune qui doute de lui, l’adulte épuisé qui cherche un nouveau départ. Ces signaux échappent totalement à la machine. L’orientation ne se résume pas à un matching entre un profil et une liste de métiers : c’est un processus de construction de soi, qui prend du temps et nécessite un regard bienveillant et un espace de confiance [3].
De nombreux experts le confirment. Le Labo des CIP (conseillers en insertion professionnelle) le dit clairement : l’IA peut outiller le conseiller, accélérer certaines tâches, enrichir le diagnostic, mais elle ne saurait se substituer à la relation humaine au cœur de l’accompagnement [4].
Les études scientifiques vont dans le même sens. Une recherche publiée en 2025 dans BMC Psychology montre que, face à une situation émotionnelle, les personnes préfèrent largement l’échange avec un conseiller humain à une réponse automatisée [5]. Plus la situation est complexe et chargée affectivement, plus le besoin d’humanité se fait sentir. C’est précisément là que l’accompagnement prend tout son sens.
Par conséquent, la bonne question n’est pas « IA ou humain ? » Elle est : « Comment combiner les deux intelligemment ? »
CatchUp : notre premier pas vers l’IA au service de l’orientation
Depuis peu, la Fondation JAE intègre l’IA et l’orientation au sein d’un outil : CatchUp. Ce dispositif s’adresse d’abord aux jeunes de 15 à 30 ans qui sont en dehors de tout système d’accompagnement – les fameux « invisibles » [6] – et au-delà à tous les publics en situation d’orientation, d’insertion ou de transition professionnelle.
CatchUp fonctionne en deux temps :
► D’abord, un assistant conversationnel intelligent. L’utilisateur pose ses questions librement. Le chatbot, nourri du corpus de la Fondation JAE, répond avec précision. Il aide à clarifier la situation, à formuler les besoins, à explorer des pistes métiers. Sans inscription, depuis un simple smartphone.
► Ensuite, une mise en relation humaine. Quand c’est utile, Catch’Up propose au bénéficiaire de rencontrer un conseiller, proche géographiquement, rattaché à la structure partenaire la plus adaptée au profil du bénéficiaire. Les échanges peuvent se faire en distanciel par Chat ou en visio, intégrer un ou plusieurs Tiers (Proches, professionnels, Alumni..) et déboucher sur un rendez-vous en présentiel.
UNE INTÉGRATION PROGRESSIVE, PENSÉE POUR LES PROFESSIONNELS DE L’ACCOMPAGEMENT ET LES PUBLICS
CatchUp n’est qu’un début. Progressivement, nous allons intégrer les apports de l’IA aux trois outils Parcouréo : Inforizon, Pass’Avenir, Transférence.
Ces outils accompagnent déjà des milliers de bénéficiaires chaque année, grâce à des professionnels de l’orientation formés et engagés. Demain, l’IA viendra enrichir ces expériences : personnaliser les résultats, faciliter l’analyse, gagner du temps sur les tâches les plus chronophages.
En revanche, elle ne prendra jamais la place du conseiller. Elle ne remplacera pas son regard bienveillant, ni son écoute ni son expertise. C’est précisément ce qui distingue notre approche d’un technocentrisme aveugle.
Depuis 30 ans, la Fondation JAE accompagne jeunes et adultes dans leurs démarches d’orientation, ainsi que les professionnels qui les guident. Ce que nous avons appris est simple : ce qui change vraiment la trajectoire d’une personne, c’est d’être écoutée, comprise et encouragée par quelqu’un qui croit en elle.
UNE VISION PARTAGÉE A L’ÉCHELLE NATIONALE
Nous ne sommes pas seuls à penser ainsi. France Travail déploie ses outils IA (MatchFT et ChatFT) pour améliorer la mise en relation entre candidats et offres d’emploi, tout en maintenant ses conseillers au cœur du dispositif [7]. La Commission européenne, via la plateforme EPALE, parle d’une « révolution en marche » dans l’orientation académique et professionnelle [8]. De même, le Ministère du Travail soutient une approche où l’IA « complète et enrichit les compétences humaines » plutôt qu’elle ne les supplante.
Un constat s’impose : l’IA redéfinit le rôle du professionnel de l’accompagnement. Loin de le menacer, elle lui permet de se concentrer sur ce qu’il fait de mieux : écouter, motiver et guider. Une opportunité réelle, à condition de l’aborder avec méthode et discernement.
Dans ce contexte, la Fondation JAE choisit une voie propre : celle d’une intégration raisonnée, enracinée dans l’éthique de l’accompagnement et dans le respect de la personne accompagnée.
EN RÉSUMÉ
L’IA améliore l’accessibilité des publics, la personnalisation et l’efficacité de l’accompagnement sans remplacer l’écoute et l’expertise d’un conseiller humain. La Fondation JAE avance pas à pas dans l’intégration de cette nouvelle réalité en mettant la technologie au service des personnes. Pour garantir des outils fiables et une intégration responsable de l’IA, nous constituons actuellement un comité scientifique et éthique.
Vous souhaitez en savoir plus ? Explorez Parcouréo et découvrez notre approche sur notre site.